Chaque nouveau livre de Jacqueline MERVILLE vient de loin, au propre comme au figuré. La fibre narrative épouse la fiction avec une justesse qui reconstitue une trace consolatrice sans le moindre débordement. Tout est lisible , y compris l'invisible et l'écriture au ligne à ligne. Deux femmes se parlent, l'asymétrie des destins ne gêne en rien, l'histoire est à la fois contemporaine et commémorative. La notion de rafle et la notion d'enfance cohabitent à l'abri des regards.Huis-clos derrière les rideaux. Prétexte vigoureux à dialogue, maintien dans l'ouvert malgré la promiscuité. Un livre d'art majeur... A lire dans un grand silence agrémenté de réminiscences...
EXTRAIT :
Où est ma mémoire ? Elle fait le bruit des pluies ruisselant sur une bâche en plastic. Ce bruit me fait mal. La rue semble à nouveau tranquille. Continuez à me raconter ce que d'autres pluies ont fait à votre mémoire.
Vous hésitez, vous me regardez.
Vous dites le sceau de l'infime, du négligeable, marquant de ce que vous me racontez.
Je dis, oui.
Pourtant votre histoire minuscule, tellement insignifiante comme vous le répétez, me calme.
Dans cette chambre, parfois dans la cuisine, vous dites un film à votre manière. Personne à y dévisager, à y condamner, à y plaindre, à haïr. Un film où vous n'êtes pas vraiment. Vous ne faites que regarder en arrière, sans y croire.
C'est votre songe, un rêve ni beau , ni laid, ni grand, ni monstrueux qui serpente dans un temps lointain.
Un temps qui a fini d'exister.
C'es tpour cela qu'il me repose tant.
Votre mémoire est comme un lac où vous lisez pour moi le reflet des nuages?
Où est le lien avec celle dont vous parlez ? Cette Mobylette, cette famille, des photographies regardées à la lueur de la lune seule, puis jetées à nouveau dans l'oubli.
Est-ce vraiment votre histoire ou seulement quelques îles flottant dans une mémoire qui n'a pas de source ou qui en a trop ? Vivre a-til une source ?
Jacqueline MERVILLE, TENIR LE COUP, p. 69.
des femmes Antoinette FOUQUE Editions, Août 2011.